Eclairage

La Caisse des Dépôts, la Poste et Cnp assurances, mariage arrangé ! Où est l’intérêt des consommateurs ?

Le grand pôle financier public est sur le point de voir le jour. La Caisse des Dépôts et Consignations prend le contrôle de la Poste qui possède la Banque Postale laquelle va acquérir Cnp assurances.

L’idée de marier la Poste et Cnp assurances n’est pas nouvelle. Elle a du sens pour ces acteurs de la sphère publique. Elle clarifie l’écheveau des relations entre les diverses entités et permet d’adosser la Banque Postale à un établissement financier puissant. Ce qui améliore mécaniquement son ratio de fonds propre. Pour autant, si cette opération apporte des réponses au moins provisoires à la question existentielle de l’avenir de la Poste, elle fait perdurer voire accroît un déséquilibre concurrentiel sur les marchés de l’assurance et de la banque.

Outre, cette distorsion de concurrence, la Puissance publique intensifie sa présence dans des activités marchandes qui couvrent de manière satisfaisante les besoins des citoyens. Elle revient donc à son péché mignon d’être juge et partie et d’agir là où elle n’a pas de raison de le faire. Ce qui affaiblit l’intégrité de son pouvoir régalien à travers sa fonction de garante de l’intérêt collectif. En effet, elle permet à la Banque Postale de se renforcer à moindre coût – il ne devrait y avoir que des échanges de titres - et de facto d’accroître sa force de frappe dans les activités bancaires et de distribution de l’assurance. Mais ce faisant elle pénalise l’ensemble des autres intervenants dans ces activités.

L’absence de réaction des tenants du marché, les banquiers, les assureurs et les intermédiaires est surprenante. Alors que chacun est durement challengé, ils laissent s’installer une nouvelle force de frappe qui risque de les pilonner demain. Car la réalité se tend. Les banques ont le plus grand mal à équilibrer l’activité de leurs réseaux, elles étendent leurs activités dans l’assurance, mordant ainsi sur les territoires de ces derniers.

Il reste quelques étapes pour que ce projet devienne réalité et notamment celle de Bruxelles. Les instances européennes pourraient avoir à prendre position sous deux aspects. Le premier est bien celui de la concurrence, le second serait de considérer que ce meccano financier qui renforcerait la solidité financière de la Banque Postale constituerait une aide de l’Etat interdite par le droit européen (articles 107 et 108 du traité).

Nous n’y sommes pas encore. Quoiqu’il en soit, les autorités de l’Etat n’ont pas répondu à la question de savoir en quoi cette opération est favorable aux marchés et donc aux consommateurs. Pour l’instant, nous avons seulement compris le bénéfice qu’en retirera la Poste.

Henri DEBRUYNE

Le respect du client ne se discute pas !

Parfois, les débats sur la relation client et le respect de ses intérêts prennent un tour paradoxal. Entre ceux qui prônent des parcours à l’écoute et attentifs aux besoins et ceux qui invoquent les nécessités du business le clivage est net.

Tous les professionnels savent que la qualité de la relation avec chaque client est un des facteurs de sa fidélité. Ils savent aussi que celle-ci a un impact puissant sur la performance économique des portefeuilles de clients. Ce qui conduit à cultiver des politiques et des pratiques respectueuses des intérêts des clients.

Pour autant, certains débats sur les pratiques commerciales laissent pantois. D’aucuns argumentent que certes le conseil est important, mais qu’il ne faudrait pas alourdir les procédures car tout ceci a un coût. La transparence des pratiques commerciales, le respect des procédures sont nécessaires, mais leur formalisme confine à une bureaucratie qui gêne l’activité. Bref, tout ceci est trop, disproportionné et inadapté. Ce qui justifie une interprétation des textes restrictive sinon minimaliste afin de réduire le plus possible ce qui ne serait en réalité que des contraintes à la liberté des affaires.

Les promoteurs de la directive distribution ne s’y sont pas trompés. Ils rappellent tout simplement que le client est l’alpha et l’oméga. Ainsi tout débute et tout finit avec lui et pour lui. Cette réglementation consacre les bonnes pratiques installées dans les structures les plus respectueuses des intérêts de leurs clients. Plus concrètement, le Code des assurances impose de répondre aux besoins et exigences des clients par des solutions adaptées. De fait, il ne s’agit plus de vendre des produits d’assurance, mais avant tout de rechercher et de proposer les réponses à des besoins préalablement identifiés. Une inversion du cycle commercial qui prend à contrepied des décennies de pratiques tendues vers des objectifs de vente volumétriques. Ainsi, certains résistent dans des combats d’arrière-garde.

Le débat insinuant qu’il serait possible d’interpréter a minima ces obligations, qu’une autre lecture des textes est possible font fi d’une dimension morale essentielle, l’exigence de loyauté. Celle-ci est au cœur même de la relation d’assurance parce qu’elle fonde la confiance sur laquelle cette activité est bâtie. La fragiliser remet en cause la solidité des relations d’affaires, cela peut constituer un poison. Les autorités de régulation ne s’y trompent pas en publiant systématiquement l’identité des professionnels qu’elles sanctionnent. Au-delà des sanctions, elles invitent à la vertu.

Les sirènes du moins disant sont mal venues. En minimisant, le plus souvent à tort, les obligations réglementaires elles affaiblissent la consistance du lien le plus précieux au profit de pratiques discutables. En outre, elles font prendre des risques aux professionnels qui les écoutent, car l’ACPR tout comme les juridictions civiles et pénales ne s’arrêtent pas à une vision minimaliste de la protection des consommateurs.

Henri DEBRUYNE

L’assurance non-vie se porte bien

Les entreprises d’assurance non-vie tirent leur épingle du jeu. Le résultat technique net du secteur Non-vie ressort à 6,7 % en 2017 contre 5,9 % en 2016. Un résultat positif cohérent sur la décennie (2007-2017) qui oscille entre 9.3% et 4.1%.

Malgré un contexte concurrentiel croissant, une situation économique incertaine et une réglementation plus contraignante les assureurs non-vie maintiennent un résultat technique favorable. C’est une bonne nouvelle et il faut les féliciter. Cela souligne la solidité de leurs bilans et la qualité de leur gestion. Des garanties essentielles pour assumer leurs engagements à l’égard de leurs clients.

De fait, le pilotage de la performance dans l’assurance est plus que jamais délicat pour les entreprises qui doivent trouver un équilibre entre compétitivité et croissance rentable. L’analyse des résultats sur la période 2007 – 2017 met en évidence deux données clés qui semblent associées à ce résultat, la qualité du réseau de distribution et la structure du portefeuille. Deux composantes qui, année après année, se vérifient. Les Sociétés avec intermédiaires sont quasi constamment au-dessus de la moyenne du marché ainsi que les filiales de banque.Graph01NL155

Dans les réseaux bancaires, le poids du dommage corporel (25.7%) contribue fortement à la bonne tenue du résultat technique. Il est en décroissance, sur la période observée, à la mesure de la place prise par l’assurance auto et l’assurance multirisque habitation (27% et 23%), mais il reste élevé. Cela résulte du volontarisme des banques qui soutient leur développement et se traduit par des résultats plus favorables que ceux du marché.

Graph02NL155Les Sociétés traditionnelles ont des portefeuilles équilibrés qui produisent des résultats techniques nets supérieurs à la moyenne du marché (7,3% contre 6,7%). Là encore, la qualité des réseaux et des équipes de souscription et donc la maîtrise du métier sont déterminants avec un rapport sinistre à cotisation à 72,1% pour un marché à 73%. A noter que, les assureurs directs peinent à équilibrer leurs résultats avec un ratio combiné à 101.6% contre un marché à 96,7% et un résultat technique net de 0,5% qui rompt avec une quasi-décennie de pertes.

Malgré ces résultats favorables et relativement stables la pression des filiales de banques se fait sentir. Elles gagnent des parts de marché, principalement en assurance auto et habitation et de manière rentable. Une situation qui devrait conduire les assureurs à riposter vigoureusement pour endiguer une montée en puissance qui bouscule leurs positions.

Henri DEBRUYNE

*Dans le périmètre des SSI nous trouvons pour l’essentiel Groupama