L’assurance est face à des défis colossaux !

par | 14 Déc 2023 | Eclairage

Deux jeunes dirigeants (moins de 40 ans) viennent de livrer de manière séparée, leur vision des défis que l’assurance doit affronter. Eclairant !

Risques climatiques, besoins sociaux, évolution démographique, l’édifice de la protection sociale française, au sens large, est face à des défis d’une ampleur et d’une complexité inconnues jusque-là. Adrien Couret1 et Guillaume Borie2, dans des lieux et devant des publics différents ont livré, ces derniers jours, des visions assez convergentes. Elles sont d’autant plus intéressantes que les dates de naissance de leurs auteurs leur permettent un champ de projection qui n’est pas seulement un exercice théorique. Ils auront à conduire leurs entreprises dans un environnement particulièrement chahuté avec une perspective longue. Tous les deux disent clairement que les chocs sont certains, qu’ils sont de grande ampleur et dépassent largement les dimensions du secteur professionnel. La situation du marché de la complémentaire santé en déficit chronique, l’évolution du risque climatique font que nous touchons aux limites des modèles assuranciels conçus pour les gérer. L’évolution de la démographie, dans le même temps, fait exploser les besoins de couverture liés au vieillissement de la population. Bref, sous bien des aspects les modèles de financement et de gestion des risques collectifs sont en passe d’être insuffisants voire inadaptés. Et l’Etat, impécunieux, est lui-même engoncé dans un réseau de contraintes qui le rend de moins en moins capable d’anticiper, de prendre des initiatives et de mobiliser de nouveaux moyens.

Alors l’assurance ? Elle est là, elle assume ses engagements au plus près des clients, souligne Guillaume Borie. Pour autant, les équilibres sont de moins en moins tenables constate Adrien Couret. Une situation qui impose – expliquent les deux dirigeants – une remise à plat des modèles et vite. Cela ne peut se faire sans que la Puissance publique joue sa partition de garant des grands équilibres sociétaux car les enjeux sont désormais de cet ordre-là. D’autant que, face au mur de risques qui se dresse, cette dernière en assume la majeure partie et l’assurance une part, certes significative, mais résiduelle. Logiquement elle devrait croître surtout sur les nouveaux risques longs.

Néanmoins, cela suppose deux conditions préalables. La première est que l’Etat assume son rôle avec clairvoyance, de manière moins partiale, en donnant aux assureurs les moyens d’agir avec leurs outils assuranciels et la profondeur de champ qui va avec. En effet, les besoins sociaux du vieillissement démographique se projettent sur les 50 prochaines années et donc pas à l’aune d’une mandature. La seconde condition est que les assureurs consentent à jouer leur rôle dans son entièreté et pas seulement en se positionnant sur les segments de marchés les plus lucratifs. Le débat est d’ailleurs ouvert, à titre d’exemple, sur les catastrophes naturelles et les limites de la sélection ou de l’exclusion de certains risques. L’enjeu est de maintenir une réelle mutualisation.

Enfin, Guillaume Borie fait observer que le maintien d’une masse assurable capable de porter une réelle solidarité et de soutenir le développement des entreprises d’assurance, ne pourra pas s’accommoder de l’effondrement d’une classe moyenne qui ne pourrait plus payer les cotisations qui lui seront demandées.

Bref, tous les deux partagent la volonté et l’urgence de repenser le dispositif assuranciel pour qu’il continue à jouer son rôle. Ils sont convaincus que cela passe par une redéfinition des relations du secteur avec l’Etat. Ils croient dans la dynamique de propositions capables de répondre aux besoins et aux contraintes du temps pour garantir à tous les moyens de se protéger, précise Adrien Couret.

Enfin, cela doit se faire dans la plus grande transparence. Il faut expliquer aux clients les enjeux, les réponses possibles et les conséquences tant en termes de couverture que de prix. Ils devront d’ailleurs s’impliquer dans la prévention qui fait partie de l’enjeu.
1 Adrien Couret est directeur Général d’Aéma groupe à l’occasion des Rencontres Mutuelles. Argus de l’assurance du 13.12.2023
2 Guillaume Borie est directeur Général d’AXA France devant les anciens du CHEA le 12.12.2022

Henri DEBRUYNE

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