Vers une Société de la Prévention – un enjeu pour l’assurance

par | 9 Juil 2026 | Eclairage

Nous y sommes ! Les effets, très concrets, du dérèglement climatique forcent à une prise de conscience dans l’urgence. L’assurance ne peut pas tout, le monde de l’assurance peut beaucoup.

De mises en garde répétées à l’ignorance des conséquences, nos sociétés modernes sont confrontées à une dure réalité. C’est dans l’urgence qu’elles doivent maintenant agir. La fin de l’insouciance est brutale, il n’est plus temps de chercher des responsabilités qui sont manifestement collectives. Chacun savait, l’information était accessible, les alertes se succédaient. Nous entrons dans l’ère de l’urgence au moins sur trois plans qui forment le socle de notre modèle social. La santé, la retraite et la protection des biens et des personnes mises à mal par des évolutions sui generis.

La prévention, quelle que soit la perspective vers laquelle nous nous tournons, est la seule voie réaliste. Elle est la seule démarche qui sert une adaptation raisonnée. Les assureurs le savent mieux que quiconque puisqu’elle conditionne l’assurabilité. Elle est faite de dispositions majeures, mais aussi d’actes plus modestes qui sont à la portée de chacun d’entre nous. Pour autant, nous mesurons tous les jours que cela ne se décrète pas, seul un engagement de tous les instants a quelques chances d’enclencher un processus vertueux.

Bref, pour réussir une mutation d’ampleur, nous n’échapperons pas à la contrainte au service du changement. Les données de la prévention sont connues et documentées. La question est celle de leur acceptabilité. Le sentiment d’urgence est tellement partagé que nous pouvons imaginer que les esprits sont bien préparés. Pour que le passage à l’acte se concrétise, surtout dans la durée, il doit être soutenu par des mesures marquantes, de la bonification du coût du risque donc des cotisations, à la pénalisation de ceux qui ne les respectent pas, par des franchises ou des majorations, par exemple. En clair, que ceux qui fournissent des efforts soient récompensés, que ceux qui s’en dispensent, soient pénalisés.

L’acceptabilité passe par l’accompagnement individuel. Il faut que chacun sache ce qu’il a intérêt à faire dans un cadre organisé. Donner une feuille de route des efforts à consentir qui soit claire et concrète. De manière que chacun soit mis dans l’action avec les clés pour maîtriser sa situation, sinon son destin. Il y a là pour les forces commerciales de l’assurance un challenge existentiel. D’une part, c’est une extension de leur métier, de l’obligation de conseil que chacun doit à ses clients, d’autre part, c’est la seule force organisée et suffisamment nombreuse pour approcher le plus grand nombre. En effet, seule la capacité à relayer sur le terrain, patiemment et dans la durée a quelques chances de faire bouger les comportements. Les injonctions venues d’en haut, aussi pertinentes et nécessaires soient-elles n’ont, au mieux, qu’un effet de sensibilisation. C’est-à-dire notoirement trop peu pour déclencher le passage à l’acte.

Il y a là un enjeu majeur. La communauté de l’assurance saura-t-elle le relever ?

Henri DEBRUYNE

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