Les Pouvoirs Publics malmènent les complémentaires santé : ils portent tort à la santé des Français

par | 28 Jan 2026 | Eclairage

Déjà sous contrainte des Pouvoirs publics, les complémentaires santé sont soumises à une nouvelle pression venue directement du Parlement : le gel des tarifs. Alors que la maîtrise des risques est de plus en plus difficile.

Nous sortons du territoire de la raison pour entrer dans celui de l’incompétence voire, et c’est plus grave, dans celui d’un lent étouffement. Que l’on en juge. En 2024, le résultat technique de la santé complémentaire s’est établi1 à +1.6% après deux années où il fut proche de zéro (2021 et 2022) et une année de pertes (2023) à -0,4 %. Les organismes concernés, n’ayant pas la faculté de financer les pertes par de la dette éternellement, ont donc redressé leurs comptes, +8.4% en 2024 après +6% en 2023. Certes, ces augmentations ont été importantes, mais rendues nécessaires par l’augmentation du coût des soins (+20% entre 2022 et 2024) supportés par les complémentaires santé. Elles furent, néanmoins, insuffisantes pour rétablir leur situation. En réalité, les augmentations tarifaires courent après la progression des dépenses.

Après que le Gouvernement a imposé une nouvelle taxe de 2.05% sur les cotisations complémentaires santé, l’Assemblée nationale, dans la LFSS2 pour 2026, interdit d’augmenter les tarifs par rapport à 2025. Un gel dont nous pouvons anticiper l’impact dans les comptes des organismes. Il sera massif. En effet, un tiers du chiffre d’affaires a un ratio combiné supérieur à 100% et seulement 30% affichent un ratio inférieur à 95%. Sachant que la progression des dépenses de santé sont attendues autour de 3.5%, il faut donc anticiper un résultat négatif de l’ordre de 5 à 6%. Ce qui devrait mettre dans le rouge un grand nombre d’organismes3.

Un autre aspect du débat est peu abordé. Il s’agit de l’écart entre la rentabilité des contrats individuels et collectifs qui demeure élevé : les contrats individuels ont dégagé, en 2024, 5,4 % d’excédents en moyenne tandis que les contrats collectifs ont enregistré 2,0 % de déficit toujours en moyenne. En clair, la perte des contrats collectifs, négociés dans les entreprises pour leurs salariés, est financée en partie par ceux vendus individuellement. Une situation très ancienne qui perdure curieusement à l’heure où la chasse aux injustices est un enjeu national.

Le seul moyen d’espérer une meilleure maîtrise des dépenses reste la prévention. Les meilleurs connaisseurs reconnaissent que si elle a progressé, elle reste encore modeste par rapport à ce qui peut être observé dans d’autres pays comparables. Personne n’en conteste les bienfaits, bien moins nombreux sont ceux qui s’astreignent à entrer dans une démarche positive sinon vertueuse. Nous pouvons subodorer que l’engouement nécessaire suppose un intérêt complémentaire, concret et tangible. Faire bénéficier d’un avantage tarifaire semble inaccessible, améliorer l’environnement de services ou le niveau des remboursements est possible. Les comparaisons internationales nous apprennent que cela fonctionne avec un bon niveau d’efficacité, ces démarches de prévention améliorent sensiblement l’état de santé individuel et collectif et, par voie de conséquence, le résultat technique des portefeuilles concernés.

La prévention est un donc un investissement. Pour le réaliser, il faut pouvoir investir et donc ne pas voir ses finances asséchées par des mesures de quasi-spoliation. Il faut des moyens et des bras, car la prévention est d’abord un acte de conviction, ce que seuls des femmes et des hommes convaincus peuvent faire partager. Qui peut croire que seule la Sécurité sociale, aux process totalement digitalisés, a la capacité de faire entrer une part notable de la population française dans une démarche de ce type ? De facto, ces bras se retrouvent dans les coûts de gestion.

Les Pouvoirs Publics, Gouvernement et Parlementaires, mènent une politique à courte vue en se privant des leviers capables de développer des actions efficaces pour améliorer l’espérance de vie en bonne santé des Français. Les dizaines de milliers de collaboratrices et de collaborateurs qui parlent tous les jours de couverture santé avec leurs clients sont autant de propagandistes potentiels des bénéfices de la prévention sur la santé.

Enfin, la prévention est un territoire d’innovation. Il faut stimuler les initiatives par la concurrence en soutenant celles qui le méritent plutôt que d’imposer uniformément une taxe dont le produit disparait dans le gouffre sans fond de la sécurité sociale.
1 Données de la DREES
2 LFSS Loi de financement de la sécurité sociale
3 Travaux de Yakoota sur yakoota.fr

Henri DEBRUYNE

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