Les agences générales sont démunies face au stress
C’est un non-dit, le stress des agents est peu évoqué, pourtant il est bien réel et il pèse sur leur santé et donc sur leurs performances.
Phénomène récent, au moins par son ampleur, le stress des agents généraux n’était pas observé et encore moins mesuré. Il a fallu une sollicitation accrue des services de prévoyance de la profession (PRAGA1), par des agents généraux en détresse pour qu’apparaisse une alerte. Le baromètre des agents 2025, tente d’en cerner les contours. Il en ressort que le stress est une réalité pour de nombreux agents à un niveau inhabituel et qui dans nombre de cas perturbe leur santé et le fonctionnement de leur agence. Son intensité est proportionnelle aux difficultés des relations qu’ils entretiennent avec leurs compagnies mandantes. Pas seulement, bien sûr, ce métier est par nature stressant. Les raisons qui créent de l’inquiétude sont variées, de l’intensité de la concurrence à la dureté des relations avec les clients, sans omettre un environnement global qui ne porte guère à l’optimisme. Mais au fond, cela fait partie du métier. Néanmoins, il semble bien que ces facteurs se soient tendus puisque plus de 60% des agents en font état.
Les relations avec les compagnies constituent un élément supplémentaire. Elles perturbent les agences et entament encore un peu plus le minimum de sérénité qui leur est nécessaire pour affronter l’adversité. Les études du MEDI montrent bien que le niveau du stress varie en fonction des compagnies. Il est un révélateur, parfois brutal, de la manière dont est ressenti leur fonctionnement. Ce qui met en lumière les politiques qu’elles suivent et la cohérence de leurs objectifs. C’est une question qui ne peut les laisser indifférentes car les agents généraux ne sont pas des êtres solitaires. Ils animent des unités économiques, des équipes qui sont concernées au même chef et dans lesquelles nous retrouvons la traduction de ces difficultés : des arrêts de travail liés aux troubles psychiques, une fatigue mentale et des tensions émotionnelles. Il ne faut pas être grand clerc pour imaginer que c’est aussi le résultat d’un management défaillant entrainant démotivation, turn over, etc.
Alors que faire ? La réponse est complexe. Les agents généraux sont indépendants, néanmoins fragiles et parfois peuvent ressembler à de frêles embarcations sur une mer démontée. Néanmoins, ils ont la force d’un collectif, leurs unions professionnelles, qui les rassemblent massivement, peuvent jouer un rôle déterminant. D’une part, en obtenant des compagnies des conditions d’exercice qui permettent de retrouver de la visibilité pour leurs activités et de la sérénité dans leurs relations. Attention, toutefois, les outils ne peuvent se substituer, ni à la qualité relationnelle, ni aux objectifs clairs et partagés.
Enfin, les observations de terrain montrent un déficit de management de nombre d’agences. Lequel est vraiment devenu un handicap au développement face à l’adversité. Là encore, les compagnies sont inopérantes, en revanche les unions professionnelles peuvent jouer un rôle d’accompagnement et de soutien pour les agents qui le souhaitent. Cela peut-être une voie pertinente pour aider ceux qui sont concernés en commençant, parfois, par les aider à identifier leurs besoins.
1 PRAGA est la protection sociale des agents généraux. Cette institution apporte une aide psychologique aux agents confrontés à des situations de souffrance aiguës. www.praga-assurances.fr
Henri DEBRUYNE