L’ASSURANCE SANTÉ DOIT FAIRE LE PARI DE LA PRÉVENTION

par | 14 Jan 2026 | Eclairage

Nouveau pic de tension entre les médecins libéraux et la caisse d’assurance maladie, en fait les soubresauts d’un système dont les objectifs ne sont plus alignés avec ceux des parties prenantes.

Une grève inédite de 10 jours pour contester diverses mesures prises par la Puissance publique et perçues comme une remise en cause de la liberté d’exercice des médecins. En toile de fond, la question de la maîtrise des dépenses de santé cristallise les positions des parties prenantes. En réalité, l’édifice conçu dans l’immédiat après-guerre prend eau de toutes parts et nous retrouvons-là, année après année les mêmes ingrédients d’une incapacité à le faire évoluer. A l’origine, une idée généreuse, chacun sera soigné en fonction des besoins de sa santé et contribuera suivant ses moyens. Tout le monde est bien d’accord, la santé n’a pas de prix, mais il n’en demeure pas moins qu’elle a un coût1 et celui-ci croit de 3,5% l’an alors que le PIB progresse de 1%. Les évolutions technologiques, les nouvelles thérapies et le vieillissement de la population expliquent, en grande partie, cette progression. Jusque-là le constat est à peu près partagé. Evidemment, les questions de financement viennent gâcher l’image d’un système de soins qui reste, quoi que l’on en dise, l’un des meilleurs au monde.

En fait, plusieurs problèmes se mêlent et s’entrechoquent. L’accès aux soins est naturellement le premier, ensuite le niveau et la qualité de ceux-ci, bénéficiant des meilleures avancées de la recherche bien sûr, et au-delà de son financement, la soutenabilité de son coût. Tour ceci n’est pas nouveau, mais faute de n’avoir pas voulu ou pas pu revisiter le système de soins, les réformes nécessaires n’ont jamais été engagées au moment où elles le nécessitaient. Le dispositif s’est progressivement grippé. La médecine libérale sur laquelle repose une partie de l’édifice vit une crise existentielle, en partie à l’origine de cette grève. Entre un fonctionnement de plus en plus intégré, voire encadré et un exercice qui reste indépendant la contradiction se cristallise. D’autant plus qu’une réelle crise des vocations affecte un mode d’exercice qui n’est pas compatible avec les standards de la vie d’aujourd’hui.

Ce système a vieilli. Il est aussi axé sur le curatif, laissant peu de place à la prévention. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Il faut bien reconnaitre que les Français ont peu d’appétence pour ces démarches. Plus exactement, ils ne les réfutent pas, mais s’y engagent peu. Et pourtant, elles constituent une clé pour améliorer le niveau de leur santé. Tout ceci est bien documenté et les comparaisons2 avec les pays qui ont adopté des dispositifs incitatifs, sinon contraignants sont éclairants. Il faudra faire tomber quelques tabous, mais cela est vraiment accessible. Avec l’intérêt d’y associer les acteurs de la santé qui ont ainsi vocation à devenir des partenaires actifs d’une nouvelle approche de l’enjeu santé.

Les complémentaires santé peuvent s’en saisir dans des démarches innovantes pour soutenir et encourager les comportements vertueux. Cela entre dans une dynamique de fidélisation positive pour tous. Elles ont l’occasion de sortir du mécanisme de « payeur aveugle » et de « pourvoyeur de taxes ». Reste à faire bouger la Sécurité sociale et les différentes stratifications de corporatismes. Il n’est pas interdit de faire le pari de l’exemple et de l’intelligence.

1 En 2023, 202,5 milliards d’euros ont été remboursés par les régimes pour près de 67,4 millions de personnes. Les pathologies chroniques représentent 60 % de cette dépense (environ 126 milliards d’euros) et concernent 37 % de la population (soit près de 25 millions de personnes pour l’ensemble des régimes)
2 Réinventer la valeur en santé – benchmark 2026 – emma.essertier@xviiconsulting.com.

Henri DEBRUYNE

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