Donner aux organismes d’assurance santé le droit de gérer le régime général d’assurance maladie

par | 9 Sep 2026 | Eclairage

Devant la dégradation du rapport qualité/coût de la Sécurité sociale Cécile Philippe1, une chroniqueuse des Echos2, reprend cette idée de rationaliser le fonctionnement et de rendre de l’efficacité à cette part du modèle social français. Iconoclaste, elle propose de s’appuyer sur les assureurs.

Selon Eurostat, la France est le pays d’Europe qui consacre la part la plus importante du PIB national (1/3 en 2023) à la protection sociale. Pourtant, une part significative de Français se dit victime de privations matérielles et sociales3. Ce qui souligne la persistance d’insatisfactions alors même que le pays consacre des sommes considérables à protéger les siens. Une nette inquiétude se cristallise sur l’assurance maladie dont l’efficience faiblit notablement. Si le système français reste performant, il n’est plus au sommet4 et suscite de réelles inquiétudes sur sa situation financière (poids de la dette et équilibre recettes-dépenses).

Chaque année, le bouclage du PLSS (loi de financement de la sécurité sociale) est ardu et se solde par un déficit qui n’est jamais résorbé. Le sport de chaque été est de trouver des mesures d’économies. Bref, une cavalerie bien installée qui fait financer le régime par de la dette. Ce qui caractérise une crise de gouvernance et que dénonce Cécile Philippe. Il n’est pas contestable que le système coute cher et qu’objectivement cela ne va pas s’arranger (démographie vieillissante, croissance des coûts des soins, etc.) La situation parait a priori sans issue. Personne n’envisage un instant un désengagement massif, encore que les Pouvoirs publics le fassent en transférant, vers les organismes complémentaires, une part croissante des soins dentaires, de l’optique ou en jouant sur les taux de prise en charge des médicaments. Cela ressort d’une politique de gribouille. Il n’en demeure pas moins que les Français sont viscéralement attachés à « leur sécu ».

L’idée de mettre les complémentaires santé au cœur du dispositif et de ne plus les maintenir dans une position de supplétifs est surement une bonne idée. Elle avait d’ailleurs été débattue au début du siècle en constatant l’impéritie de la gouvernance. Elle s’était heurtée principalement à l’idéologie ambiante. La situation n’a fait qu’empirer. Reprendre cette idée de s’appuyer sur ceux dont la maitrise des risques est le métier n’est surement pas la plus mauvaise. Bien au contraire, ils savent aussi gérer les réseaux de soins et prendre en charge le bien-être des assurés. La concurrence entre les organismes serait, outre une meilleure efficacité économique, un ferment d’innovation.

Le système actuel s’essouffle, il faut donc le repenser sans pour autant fouler aux pieds la protection sociale que la Constitution reconnait comme un droit. La structure du risque a changé, elle doit désormais intégrer, le plus intimement possible, la prévention et la gestion des évolutions que la science cerne de mieux en mieux. Il s’agit là d’une dimension que les assureurs connaissent bien et sont à même de gérer. D’autant mieux que cela passera par une relation plus étroite avec les assurés et que cela aussi ils savent faire.

Enfin, économisons-nous les crises de nerfs, il ne s’agit pas de privatiser, mais de trouver un mix public-privé efficient, dans lequel l’Etat assumera un rôle de régulateur. In fine, il retrouvera sa fonction régalienne pleine et entière alors qu’il est balloté entre les réalités économiques, les pressions politiciennes et les courants d’intérêt.

1 Cécile Philippe est Présidente de l’Institut Molinari
2 Les Echos du 3 septembre
3 Enquête SILC de l’Union européenne
4 Il est désormais le 7éme des pays de l’OCDE

Henri DEBRUYNE

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