Comment va l’assurance française ? Bien merci.
Manifestement, l’assurance française affronte les difficultés du temps (aléas climatiques, inflation, taux obligataires, nouveaux risques, …) avec une belle maîtrise. Son CA est en croissance et sa marge de solvabilité reste robuste. Elle est donc en bonne situation pour affronter les ruptures de son environnement.
Des assureurs sous tension, mais qui affichent une belle activité. A fin 2025, l’assurance non-vie1 est en progression de 7 % par rapport à 2024 et sa marge de solvabilité est à 282 %, soit une augmentation de 23 points par rapport à 2024. Un ratio robuste, au-delà des exigences réglementaires, mais qui rassure sur sa solidité financière. L’activité santé-prévoyance est plus à la peine avec une progression de 3.5% qui témoigne des fortes tensions affectant cette activité. Quant à l’assurance-vie, qui a réalisé l’an passé son « année du siècle », sa collecte progresse de près de 9 % et sa marge de solvabilité s’établit à 231%. Ainsi, en assurance non-vie, la qualité de gestion des assureurs souligne une double maîtrise du CA et des sinistres avec un ratio combiné2 convenable, bien qu’il se soit détérioré (98.4% contre 96.9% en 2024). Un bilan donc qui est incontestablement bon, mais il est marqué par les déséquilibres de la protection sociale et l’évolution du risque climatique. Certes la France n’a pas connu de catastrophe naturelle majeure en 2025, néanmoins la sinistralité liée aux événements naturels est restée à un niveau élevé. Une grande prudence reste de mise.
Il faut féliciter les acteurs du secteur pour cette bonne santé de l’assurance française. Elle met en évidence leur maitrise dans un environnement difficile et donc leur capacité à assumer leurs engagements. C’est primordial, il faut sans cesse rappeler que le premier ciment de l’assurance est la confiance. Cette industrie doit montrer qu’elle est, à chaque instant, en situation d’assumer ses engagements, ce qui résulte de sa qualité de gestion. Mais qu’elle est également prête à affronter les défis de demain. Les difficultés restent nombreuses dont la plus prégnante est liée à l’accumulation des modifications structurelles de l’environnement. En fait, il n’est plus seulement question de gérer des évolutions tendanciellement longues et de trouver les modalités de s’y adapter. Dans bien des domaines, il faut faire face à des ruptures profondes où les réponses sont à inventer. Le thème le plus emblématique est celui du climat. Mais il n’est pas le seul, le cyber risque, l’IA, les pandémies, … Comment les techniques de l’assurance peuvent-elles leur apporter des réponses alors que la compréhension réelle, opérationnelle, de leurs mécanismes et de leurs impacts échappe encore à l’analyse des professionnels ? Ajoutons à cela que, quel que soit le domaine vers lequel nous nous tournons, rien ne sera possible sans une responsabilisation accrue des citoyens-clients. Et cela, dans une société où la prévention n’a jamais suscité d’intérêt, autre qu’intellectuel, et où l’aversion au risque est élevée au rang de vertu cardinale.
Sans cette prise de conscience, qui ne pourra pas qu’être concrète, la belle maitrise des seuls professionnels du risque, les assureurs, sera insuffisante. Sans nul doute, les dirigeants en ont pris conscience. La classe politique, c’est moins évident. Les clients sont majoritairement dans des dispositions d’esprit très différentes et la demande de prise en charge – d’assistanat- est dominante. L’enjeu de la prise de conscience est vital. La distance entre la perception, les attentes des clients et des comportements qui intègrent ces nouvelles réalités est abyssale. Or, la compréhension de ce qu’il se passe n’est pas du seul ressort du discours. Il faut inventer autre chose, une interaction active et constante avec les clients. Là encore, la mobilisation de toutes celles et de tous ceux qui sont en contact avec les clients est la première étape. Encore faut-il qu’ils soient, eux-aussi, motivés et impliqués pour devenir les ambassadeurs d’une attitude nouvelle face au risque. Il faut apprendre à aller vers l’inconnu et mettre fin au mythe de la possibilité de tout maîtriser3.
1 Assurance de biens et de responsabilité (ABDR)
2 Le ratio combiné est égal au montant des sinistres + les frais d’exploitation, rapporté aux cotisations acquises.
3 Ulrich Beck : La société du risque – 1986
Henri DEBRUYNE