C’est reparti : le mistigri de la grande sécu est de retour
Les mauvais débats ont la peau dure ! La preuve avec celui de l’absorption des complémentaires santé par la Sécurité sociale qui, depuis plus d’un quart de siècle, agite les bons esprits de l’étatisme.
C’est par le biais d’une pétition citoyenne1 que ce sujet revient dans l’actualité. Des économistes réputés (Gabriel Zucman, Thomas Piketty) et des professeurs de médecine (Alain Fischer, Rémi Salomon, Dominique Le Guludec, Karine Lacombe…) se sont associés pour soutenir cette vieille lune d’un régime unifié couvrant la totalité des soins. Ils dénoncent la gabegie du système actuel. Les justifications, assez peu argumentées au demeurant, paraissent médiocres et tiennent plus du viatique idéologique que de la démonstration. Sans oublier la dénonciation de frais de gestion exorbitants qui sont en fait des rémunérations des collaborateurs qui souscrivent et gèrent ces contrats. Sur les chiffres, tout a déjà été dit, de l’optimisation des coûts à la recherche d’économies pour un système de santé à la peine et dont le financement n’est pas maîtrisé. Le régime général d’assurance maladie a constamment été déficitaire depuis 2002. Aucune mesure ne lui a jamais permis de revenir à l’équilibre. Une constance dans le déficit qui rend suspect l’intérêt porté aux complémentaires par les promoteurs de la grande sécu. D’autant qu’il se focalise sur une comparaison avec la Sécurité sociale, crédité d’une gestion plus efficace, qui est en fait impossible.
Le second élément de ce procès est celui des hausses de tarifs. Certes les cotisations ont fortement augmenté. Des augmentations indispensables à l’équilibre technique des complémentaires santé, car oui les assureurs (Ocam2) doivent équilibrer leurs comptes et ne peuvent pas avoir recours à la dette. Il s’agit d’un remake de débats déjà anciens, qui reviennent régulièrement sans apporter d’informations nouvelles et encore moins d’esquisse de solution3. C’est d’autant plus étrange, compte tenu des personnalités qui soutiennent cette démarche, que la question centrale de la santé des Français n’est pas soulevée ou à la marge. En effet, le vieillissement des populations et, par voie de conséquences, celui de la durée de vie en bonne santé devrait être au cœur de la réflexion. Or, si cet enjeu dépend beaucoup de la qualité et de la disponibilité des soins, il dépend de plus en plus de la prévention. Celle-ci, comme le montrent les comparaisons étrangères est une clé majeure. Sans elle, les dépenses seront de moins en moins financièrement supportables et ce n’est pas l’absorption des complémentaires qui apporterait une solution durable, bien au contraire. La situation est d’une toute autre dimension et mérite une prise de hauteur qu’empêchent les anathèmes proférés par cette pétition.
En premier lieu, la performance du modèle social français mérite d’être interrogée. Les comparaisons européennes montrent que la France dépense plus pour son système de santé que la Grèce et l’Italie pour des résultats moindres en termes d’espérance de vie en bonne santé. D’autre part, les mêmes travaux soulignent des écarts significatifs entre les régions, mieux vaut habiter en Anjou qu’en Picardie ou dans le Pas-de-Calais. Tant que ces disparités ne sont pas élucidées, il est vain de proposer des solutions. Ensuite, l’augmentation des coûts de santé et la difficulté à prévoir l’évolution des maladies rendent la prévention indispensable. Les assureurs de personnes occupent d’ailleurs une position stratégique, 96% des Français bénéficient d’une « complémentaire », et ils font appel à des professionnels de l’assurance avec un maillage exceptionnel que ne peuvent offrir, ni les services de l’Etat, ni ceux de l’Assurance maladie. Ces professionnels peuvent jouer un rôle déterminant dans la diffusion des plans de prévention. C’est à leur portée, mais demande une prise de conscience, en particulier des décideurs politiques, et du courage pour faire évoluer un dispositif qui s’essouffle. Ce maillage apporte une réponse réelle au risque d’isolement, de non-recours aux droits ou de renoncements, faute d’un interlocuteur identifié. Cela est particulièrement sensible pour les populations les plus âgées qui pâtissent le plus souvent de l’éloignement et de la fracture numérique qui les isolent des institutions4. Enfin, les comparaisons, déjà évoquées, montrent l’efficacité réelle et rapide des efforts de prévention. Les assureurs internationaux le savent parfaitement.
1 La plateforme des pétitions de l’Assemblée nationale permet aux citoyens de saisir l’une des commissions de l’Assemblée d’un sujet, s’il recueille 100 000 signatures.
2 Organismes complémentaires d’assurance maladie
3 Voir les travaux d’Actuarielles dirigés par Anne MARION / anne.marion@actuarielles.com
4 Baromètre France silver éco 2026
Henri DEBRUYNE