Catastrophes naturelles : attention, l’idéologie s’en mêle

par | 12 Mar 2026 | Eclairage

Y-aurait-il une crise de l’assurabilité en France liée au dérèglement climatique ? La question est posée par une ONG1 qui prétend que le régime des catastrophes naturelles, propre à la France, est face à l’émergence d’une crise pour les particuliers et les collectivités.

L’essentiel de l’analyse part du constat que le système des catastrophes naturelles s’essouffle faute de recettes suffisantes alors que les profits des assureurs s’envolent. Sont pointés les trois groupes AXA, Allianz et Generali qui ont cumulé 162 milliards d’euros de bénéfices nets depuis 2016. Etrangement, ce rapport ne s’intéresse ni aux MSI, ni aux bancassureurs qui pourtant sont les plus présents sur les marchés des particuliers. Venant au secours de la CCR2 insuffisamment dotée, Reclaim finance dénonce le déséquilibre entre les profits des grands acteurs et les besoins croissants de garanties, mais aussi de financement de la prévention des risques. En cela, cette ONG affirme sa dimension militante avec l’objectif de mettre la finance au service de la justice sociale et climatique.

Ce plaidoyer pro-domo gagnerait en force démonstrative s’il était plus objectif et ne faisait pas fi allégrement de la réalité économique. Le système français des cat-nat offre une couverture unique au monde qui depuis 40 ans a fait ce que l’on attendait d’elle. Qu’il soit confronté à des difficultés liées au dérèglement climatique, nul ne le conteste, mais il est en perpétuelle adaptation et personne ne peut soutenir sérieusement qu’il est à la veille d’une crise. Autant que les mesures nécessaires soient prises, ce qui est le cas. Enfin, mettre en parallèle les bénéfices nets de quelques groupes et les difficultés supposées de la CCR est absurde. Cela rappelle les heures les plus difficiles de la COVID où les assureurs, riches par définition, devaient financer indépendamment des règles contractuelles et/ou prudentielles.

Alors pourquoi s’arrêter sur un rapport qui, somme toute, défend une position avant tout idéologique et a pour ambition de servir un projet politique. Parce qu’il y a une petite musique qui monte autour de l’approche de ces risques et qui tend à expliquer qu’ils sont bien trop importants pour être…confiés à des assureurs. Ainsi Le Haut-commissariat à la stratégie et au plan3 s’est saisi de cette réflexion, il y a quelques mois, et pose une notion nouvelle : celle d’« assurance sociale » des risques climatiques pour suppléer l’insuffisance ou l’incapacité des assureurs qui les empêcheraient de jouer leur rôle. Dans ce cas, que l’on perçoit presque imminent, sous la plume des auteures (Mathilde Viennot, Marine de Montaignac et Alice Robinet) l’intervention de l’Etat devient nécessaire. Elles précisent que l’histoire de la Sécurité sociale montre que les grands systèmes solidaires sont nés non pas de calculs techniques, mais de choix politiques fondamentaux sur la manière de vivre ensemble face aux risques. Elle témoigne aussi du fait que ces systèmes, une fois instaurés, structurent durablement les représentations, les comportements et les formes de solidarité. Une position claire et assumée, la référence à la Sécurité sociale est quasi idéologique.

Manifestement, nous entrons là dans une autre chose que la gestion des risques avec la volonté de marginaliser les assureurs qui ont quelques compétences à faire valoir, et les quelques dizaines de milliers de distributeurs qui, aujourd’hui, sont mobilisés pour soutenir leurs clients lors des catastrophes naturelles. En effet, dans ces projets personne n’évoque qui accompagnera les clients, devenus des assujettis, pour les conseiller et, le cas échéant, les assister en cas de sinistres.

1 Reclaim Finance
2 Caisse Centrale de Réassurance, acteur central du régime des catastrophes naturelles
3 Le Haut-commissariat à la stratégie et au plan contribue à l’action publique par ses analyses et ses propositions.

Henri DEBRUYNE

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