
ALAN : l’assureur qui empêche d’assurer entre-soi !
ALAN s’est allié avec Allianz pour concourir avec succès dans un appel d’offres public. Une combinaison judicieuse qui conjugue son offre digitale avec un dense réseau de proximité. Il est à nouveau en butte à des tracasseries diverses.
La couverture santé (complémentaire-prévoyance) des salariés et retraités de la CPAM, de la CAF et de l’Urssaf a fait l’objet, sous l’égide de l’Uncass1, d’un appel d’offres qualifié de « méga ». De fait, il concerne plusieurs centaines de milliers d’assurés pour une cotisation globale de l’ordre de 3 milliards d’euros. Cela fait suite à la décision de cette autorité, qui fait office d’employeur, de souscrire un contrat collectif. Une démarche à laquelle s’opposent les représentants des confédérations syndicales parce qu’elle dépossède la commission paritaire du pilotage du régime complémentaire.
L’appel d’offres est clos depuis juin dernier. Le duo Alan-Allianz arrive en tête face à Aésio Mutuelle, apériteur du contrat actuel, alliée à Malakoff-Humanis et à AG2R-La Mondiale, à CNP Assurances en partenariat avec La Poste et enfin à Harmonie Mutuelle. Mais patatras, le 10 septembre, la commission des marchés de l’Ucanss, qui avait jusqu’au 15 octobre pour se prononcer a, contre toute attente, refusé de statuer sur l’appel d’offres, considérant que le classement des candidats par le rapport était d’une « objectivité relative ». Ce qui est une grave accusation qui conteste les conditions de la consultation, dont les modalités ont fait l’objet d’un accord de méthode des partenaires sociaux, les 10 et 20 mars 2026.
Les modalités étaient donc fixées et les opérations ont pu se dérouler normalement. Aussi l’imbroglio est-il incompréhensible. Il faut donc l’éclairer. Ou il existe un doute légitime et dans ce cas il faut produire les arguments qui le soutiennent, le cas échéant la Justice dira ce qu’il convient d’en penser. Ou il n’y en a pas et il faut que la procédure aille à son terme. Quoi qu’il en soit, il n’est pas envisageable de laisser planer une accusation de cette nature sans dire ce qu’elle recouvre. Tous les jours, en France, de nombreux appels d’offres sont réalisés. Il y a des gagnants et des perdants, inévitablement. Les uns sont contents, les autres sont déçus, souvent tristes, parfois furieux, mais ils se plient au résultat car c’est la loi des affaires et elle requiert une confiance suffisante. S’il y a suspicion, il faut crever l’abcès, sans quoi nous entrons dans une jungle et le climat deviendra irrespirable.
Il semble bien qu’Alan, qui faisait figure de favori, suscite de la crispation « même allié à Allianz » dans une combinaison intéressante où l’assureur digital s’appuie sur un réseau dense d’agences physiques. Non seulement cette Insurtech casse les codes, ce qui irrite certains de ses concurrents, mais elle est perçue comme la quintessence de l’entreprenariat conquérant, ce qui révulse d’autres acteurs. Notamment, les syndicats des personnels qui veulent privilégier les acteurs sans but lucratif.
Quoi qu’il en soit, il faudra bien en sortir. La situation deviendrait vite un très mauvais exemple. La transparence s’impose et il faut réaffirmer que dès qu’un professionnel rempli les conditions d’exercice de son métier, il peut concourir. Les guerres idéologiques sont d’un autre âge d’autant qu’elles entrainent parfois des ruptures dans l’égalité concurrentielle.
1 L’Union des caisses nationales de sécurité sociale regroupe les salariés et retraités de la CPAM, de la CAF ou encore de l’Urssaf.
Henri DEBRUYNE