WAKAM : l’échec d’un modèle économique

par Henri DEBRUYNE | 8 Oct 2026

Depuis le 25 septembre 2026, Wakam n'a plus le droit de souscrire de contrats, ni de renouveler ceux en cours. Une décision rarissime de l’ACPR qui souligne la dégradation de la situation financière de cette compagnie.

L’ACPR exigerait de Wakam le comblement de son insuffisance de solvabilité évaluée à 200 millions d’euros. Une somme qui serait nécessaire pour éviter une défaillance. De fait, fin 2025, son ratio de solvabilité n'atteignait que 66 % du capital requis. Malgré des apports significatifs, 85 millions d’euros en 2025 et 34 millions début 2026, le rétablissement ne se fait pas. En résumé la situation est critique. Comment en est arrivé là celui qui se présente comme l'assureur digital ?

Cette compagnie1 se retrouve étouffée par une combinaison de choix qui in fine l’ont conduite au bord du précipice. Le premier est le modèle économique fondé sur une réassurance très importante (75%) qui conduit à céder l’essentiel des risques souscrits. L’articulation se fait via des traités en quote-part et en excédent de sinistres. Une protection « ceinture et bretelles » qui pourrait s’avérer en réalité moins protectrice qu’espéré. Ensuite, un partage de la marge technique avec les partenaires apporteurs qui réduit la profitabilité d’autant. En réalité, celle-ci est très insuffisante pour alimenter la marge de solvabilité à un niveau suffisant.

Le second choix est le système de partenariat conclu avec les courtiers. Appuyé sur une plateforme technologique, il donne aux partenaires (banque, courtier grossiste, insurtech) des capacités de souscription assorties de délégations de gestion du service client et le plus souvent, une partie de la gestion des sinistres. Un dispositif dont la maîtrise est délicate et qui nécessite un contrôle adapté pour ne pas dire resserré et vigilant. C’est-à-dire précis et permettant un suivi réactif pour réagir en cas de dérive. Or, il est vraisemblable que le nombre de délégations consenties (plus de 350 selon Wakam) dépasse les capacités du contrôle effectif. Du coup, faute de suivi efficace, la qualité de la souscription s’est affaiblie. D’autant qu’une croissance rapide généralement dégrade le résultat et celle de Wakam a été particulièrement forte.

Par ailleurs, il n’est pas douteux que le poids du marché britannique a accru les difficultés. Il s’est avéré d’autant plus désastreux que Wakam, sous-capitalisée et avec une marge de solvabilité très insuffisante, n’était plus en état d’affronter les turbulences des marchés. Ce qui a conduit l’ACPR à prendre une décision conservatrice qui risque d’être suivie du retrait d’agrément.

Cette malheureuse affaire rappelle un schéma bien connu : une croissance soutenue, une marge réduite, un contrôle insuffisant, des décisions correctives trop lentes. Et, le coup de grâce d’un marché (UK) qui s’avère calamiteux. Wakam espère probablement que la mesure prise par l’ACPR soit levée une fois qu’elle aura rétabli sa marge de solvabilité. Néanmoins, cette hypothèse favorable ne lui évitera pas de revoir son modèle et le fonctionnement de sa chaîne de distribution. Car les failles sont structurelles (recours massif à la réassurance, partage inadéquat de la marge), mais aussi dans l’exécution (ampleur des délégations, contrôle, réactivité).
1 Anciennement La Parisienne assurances, fondée en 1829.

Henri DEBRUYNE

Contactez-nous