MARIAGE CNP ASSURANCES – LA POSTE : NOUS Y SOMMES !

par | 13 Avr 2023 | Eclairage

Le mariage de la CNP et de la Poste acté il y a cinq ans est consommé. Il crée un « grand pôle financier public au service des territoires ». Tout aussi certainement, il va bouleverser le marché et bousculer les positions des acteurs en place.

La Puissance publique, dans sa version étatique, a conduit son projet à terme. Elle vient de créer un bancassureur supplémentaire qui regroupe l’ensemble des activités vie et emprunteur de Cnp assurances (CA 36 milliards d’euros) et celles des filiales assurances de la Banque postale. L’ambition de ce projet n’a pas varié. Il s’agit de sauver un groupe dont l’activité traditionnelle recule de 7% par an. La Puissance publique a choisi de « réinventer les activités de la Poste » comme l’a indiqué Bruno Le Maire dès 2018. En d’autres termes, de créer un nouvel acteur de la bancassurance alliant le Groupe la Poste et sa force de frappe de 17 000 points de contacts (7 300 bureaux de Poste) avec la CNP le leader en assurance vie et en assurance emprunteur. Un mastodonte donc qui vient renforcer les gros bataillons des réseaux bancaires.

Ce n’est pas une nouveauté, mais les synergies dégagées ne sont pas minces. A l’évidence, il s’agit moins d’offrir une béquille à des activités déclinantes que de créer une dynamique supplémentaire inspirée du succès des champions que sont devenus, en cette matière, le Crédit Agricole ou le Crédit Mutuel. Cela prendra du temps, mais à moyen terme les marchés de l’assurance et de la banque ne sortiront pas indemnes de cette création. Il suffit de regarder depuis 30 ans l’évolution des parts de marché pour se rendre compte de l’effet de souffle que va provoquer une telle évolution. Les réseaux bancaires collectent les 2/3 de l’assurance vie et un sixième de l’assurance non-vie.

La menace est donc bien réelle. Ses effets dépendront largement de la capacité de résistance des acteurs en place et de l’agressivité des stratégies de réplique. Elles sont indispensables pour conserver les clients et contenir les assauts de ce nouvel acteur. Il s’emploiera de son côté à gagner des parts de marché en commençant par le multi-équipement de ses 20 millions de clients. Or, il faut bien dire que face à l’entrisme de nouveaux acteurs les assureurs n’ont pas élaboré dans le passé de réelles stratégies de riposte. Le glissement des parts de marché en témoigne.

En cinq ans, depuis que ce projet a été mis sur les rails, le contexte a changé. Le marché est devenu plus concurrentiel, les marges sont moins confortables et les équilibres techniques plus délicats à maintenir. Le métier est devenu plus difficile. Les tenants ont aussi affuté leurs positions, le regroupement des forces et un dynamisme commercial renforcé sont marqués. Cela ne sera pas suffisant, la menace d’un nouvel acteur de cette dimension devrait susciter des réactions de défense vigoureuses. Les politiques de préservation du portefeuille doivent être musclées et l’agressivité commerciale devenir la norme. Les forces de distribution, au cœur de ces dispositifs cruciaux, vont recevoir des moyens à la hauteur de la menace. Espérons que de part et d’autre les pratiques commerciales n’en profiteront pas pour retourner à l’état sauvage…

Un point mérite d’être soulevé. L’Etat n’a plus aucune raison de rester présent dans un groupe de ce type. Le nouvel ensemble doit être totalement privatisé. Rien ne justifie de conserver un groupe public dans un secteur financier privé surtout lorsqu’il affiche, en même temps des ambitions internationales fortes.

Henri DEBRUYNE

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