L’EURO NUMÉRIQUE, UN CADEAU EMPOISONNE DE BRUXELLES ?
La commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen a donné son feu vert au projet d’euro numérique de la Banque centrale européenne. Ce projet, en gestation depuis déjà six ans, est présenté au grand public comme un élément de souveraineté vital face à l’hégémonie d’entreprises américaines telles que Visa et Mastercard. Cet argument de façade fait fi d’une réalité technique connue de tous les professionnels du secteur :
– La grande majorité des paiements par carte effectués en France s’appuie sur l’architecture technique du Groupement des Cartes Bancaires, groupement d’intérêt économique contrôlé par les banques françaises elles-mêmes ;
– Les paiements effectués par virements ou prélèvements, domestiques ou intra-européens, reposent depuis 2014 sur l’architecture SEPA, sur laquelle l’Europe a entière souveraineté ;
– Les flux interbancaires s’appuient sur le système international de messagerie SWIFT, gouverné par ses membres de façon collective sous supervision de la Banque nationale de Belgique.
Enfin, les règlements en monnaie de banque centrale sont opérés directement sur les infrastructures de la BCE (système T2).
En lui-même, ce projet d’euro numérique au coût pharaonique (7 Md€ selon la BCE, 18 Md€ selon les fédérations bancaires) ne résout aucune dépendance vitale à des architectures de paiement sous contrôle américain. Nos vraies vulnérabilités sont ailleurs : systèmes d’exploitation, cloud, intelligence artificielle. Bien au-delà du système bancaire, celles-ci touchent l’ensemble des secteurs économiques, et ne se règleront pas à coup de monnaie digitale de banque centrale.
Source : Contrepoints, Money Smart